Alcool boisson énergisante : quels risques pour la santé ?

Alcool boisson énergisante : quels risques pour la santé ?

Mélanger alcool et boisson énergisante est devenu courant dans les soirées, les festivals et certains bars. Le goût sucré et l’effet stimulant de la caféine peuvent donner l’impression de mieux supporter l’alcool. Cette impression est trompeuse.

Le mélange ne « neutralise » pas l’alcool. Il peut surtout masquer certains signes de l’ivresse, favoriser une consommation plus rapide et augmenter l’exposition à plusieurs risques : accidents, comportements impulsifs, troubles cardiovasculaires, déshydratation et intoxication alcoolique aiguë.

Le problème n’est donc pas uniquement la présence de caféine. C’est l’association entre un dépresseur du système nerveux central, l’alcool, et un stimulant, généralement la caféine, qui modifie la perception de l’état réel de la personne.

Que contient une boisson énergisante ?

Une boisson énergisante contient le plus souvent de l’eau, du sucre ou des édulcorants, de la caféine, ainsi que différents ingrédients comme la taurine, le glucuronolactone, des vitamines du groupe B ou des extraits végétaux.

Elle ne doit pas être confondue avec une boisson énergétique destinée à l’effort sportif. Cette dernière vise principalement à apporter de l’eau et des glucides dans un contexte d’activité physique prolongée. Les boissons énergisantes, elles, sont formulées autour d’un effet stimulant.

La quantité de caféine varie selon les produits. En France et dans l’Union européenne, une boisson contenant plus de 150 mg de caféine par litre doit porter la mention indiquant qu’elle « contient de la caféine » et qu’elle est déconseillée aux enfants et aux femmes enceintes ou allaitantes. Une canette de 250 ml contient fréquemment autour de 80 mg de caféine, soit l’équivalent approximatif d’un expresso, mais les formats peuvent être plus grands et les teneurs différentes.

Le consommateur doit donc regarder l’étiquette, notamment :

  • le volume réel de la canette ;
  • la quantité de caféine pour 100 ml et pour la totalité du contenant ;
  • la quantité de sucre ;
  • la présence éventuelle de guarana ou d’autres sources de caféine ;
  • les avertissements destinés aux enfants, aux femmes enceintes et aux personnes sensibles.

L’alcool ralentit, la caféine stimule : un mélange trompeur

L’alcool altère progressivement la vigilance, les réflexes, la coordination, le jugement et la capacité à évaluer les risques. La caféine peut, de son côté, augmenter la sensation d’éveil et réduire la perception de la fatigue.

Cette stimulation ne supprime pas les effets de l’alcool sur le cerveau. Une personne peut se sentir plus alerte tout en restant moins coordonnée, moins prudente et moins apte à conduire. Elle peut aussi sous-estimer la quantité d’alcool consommée.

Une étude publiée dans la revue Alcoholism: Clinical and Experimental Research a notamment montré que les personnes consommant de l’alcool avec une boisson énergisante pouvaient ressentir davantage de stimulation, sans que leur taux d’alcoolémie soit réduit. Les travaux scientifiques ne décrivent pas tous exactement les mêmes effets, mais un point est constant : la caféine ne dégrise pas.

Autrement dit, le mélange peut modifier la perception de l’ivresse sans modifier la présence d’alcool dans le sang. C’est une différence essentielle, notamment lorsqu’une personne envisage de reprendre le volant.

Quels sont les principaux risques pour la santé ?

Les risques dépendent de la dose d’alcool et de caféine, de la vitesse de consommation, du poids, de l’âge, de l’état de santé et des médicaments éventuellement pris. Ils sont aussi liés au contexte : conduite, baignade, activité physique intense, sommeil insuffisant ou consommation d’autres substances.

  • Une consommation d’alcool plus importante : en se sentant moins fatiguée, la personne peut continuer à boire alors que son alcoolémie augmente.
  • Les accidents et les blessures : l’alcool altère les réflexes, même si la caféine donne une impression d’énergie. Chutes, accidents de la route, noyades et violences peuvent survenir plus facilement.
  • Les troubles cardiovasculaires : palpitations, accélération du rythme cardiaque et hausse de la tension peuvent apparaître, surtout chez les personnes sensibles ou en cas de forte consommation.
  • L’anxiété et les tremblements : la caféine peut provoquer nervosité, agitation, irritabilité ou sensation d’oppression. Ces symptômes peuvent être plus marqués lorsqu’ils s’ajoutent aux effets de l’alcool.
  • La déshydratation et les troubles digestifs : vomissements, nausées et maux de ventre sont fréquents lors d’une consommation excessive. La caféine n’annule pas les effets diurétiques de l’alcool et ne remplace pas l’eau.
  • Les troubles du sommeil : l’alcool peut faciliter l’endormissement mais dégrade la qualité du sommeil. La caféine, elle, peut retarder l’endormissement et maintenir une dette de sommeil.

Le risque est particulièrement préoccupant lorsque le mélange est consommé rapidement, sous forme de « défis », de jeux à boire ou de cocktails très sucrés dont la présence d’alcool est peu perceptible.

Le sucre donne-t-il réellement plus d’énergie ?

Les boissons énergisantes contiennent souvent beaucoup de sucre. Celui-ci peut provoquer une augmentation rapide de la glycémie, suivie d’une baisse. Cette sensation n’est pas une protection contre l’ivresse et ne permet pas de récupérer plus vite.

Le goût sucré peut toutefois rendre l’alcool plus facile à boire. Un cocktail composé de vodka et de boisson énergisante peut sembler moins fort qu’un spiritueux consommé seul. La personne peut alors boire davantage sans mesurer la quantité d’alcool absorbée.

Il faut également distinguer le volume de la boisson et la quantité d’alcool pur. En France, un « verre standard » contient environ 10 grammes d’alcool pur, qu’il s’agisse d’un verre de vin, d’une bière ou d’une dose de spiritueux servie dans les proportions correspondantes. Un grand verre préparé à la maison ou en soirée peut contenir plusieurs verres standards.

Qui doit être particulièrement vigilant ?

Certaines personnes présentent un risque accru et devraient éviter cette association ou demander conseil à un professionnel de santé :

  • les adolescents et les jeunes adultes ;
  • les femmes enceintes ou allaitantes ;
  • les personnes ayant des troubles cardiaques, de l’hypertension ou des antécédents de malaise ;
  • les personnes souffrant d’anxiété, de troubles du sommeil ou d’un trouble lié à l’usage d’alcool ;
  • les personnes prenant des médicaments stimulants, sédatifs, anxiolytiques ou agissant sur le rythme cardiaque ;
  • les personnes qui associent déjà alcool, cannabis, cocaïne, médicaments ou autres produits psychoactifs.

Chez les adolescents, la question ne concerne pas seulement le cœur ou la caféine. Le cerveau poursuit son développement, les habitudes de consommation se construisent et la recherche de sensations peut favoriser les prises de risque. L’interdiction de vente d’alcool aux mineurs en France s’applique également aux cocktails préparés à partir de boissons énergisantes.

Un exemple concret : se sentir capable de conduire

Imaginez une personne qui boit deux cocktails contenant chacun une dose de vodka et une boisson énergisante. Après plusieurs heures, elle ne se sent pas somnolente. Elle parle normalement, se trouve « en forme » et estime pouvoir rentrer en voiture.

La caféine peut expliquer cette impression, mais elle n’a pas éliminé l’alcool. Les réflexes, la vision, la capacité à anticiper et l’évaluation des distances peuvent rester altérés. Le danger vient précisément du décalage entre le ressenti et les capacités réelles.

La règle pratique est simple : si de l’alcool a été consommé, on ne conduit pas, même si l’on se sent parfaitement réveillé. Il faut prévoir un conducteur sobre, les transports en commun, un taxi ou dormir sur place. Le café, la douche froide et la boisson énergisante ne font pas baisser l’alcoolémie.

Quels signes doivent alerter après une soirée ?

Une intoxication alcoolique aiguë peut devenir une urgence médicale. Il ne faut pas attendre que la personne « cuve » seule si elle présente un ou plusieurs des signes suivants :

  • somnolence inhabituelle ou impossibilité de la réveiller ;
  • confusion importante, perte de connaissance ou comportement incohérent ;
  • vomissements répétés ;
  • respiration lente, irrégulière ou difficile ;
  • peau froide, pâle ou bleutée ;
  • convulsions ;
  • douleur thoracique, malaise intense ou palpitations persistantes.

Dans ces situations, appelez immédiatement le 15 ou le 112. Ne laissez pas la personne seule, ne lui donnez pas de café et ne cherchez pas à la faire vomir. Si elle est inconsciente mais respire, placez-la en position latérale de sécurité et surveillez sa respiration en attendant les secours.

Si la respiration s’arrête ou devient anormale, suivez les instructions du service d’urgence et commencez les gestes de secours si vous êtes en mesure de le faire.

Comment réduire les risques ?

La réduction des risques ne rend pas le mélange sans danger, mais certaines mesures limitent les situations les plus graves :

  • éviter d’associer alcool et boissons énergisantes, surtout en grande quantité ;
  • ne pas enchaîner les canettes et les verres alcoolisés ;
  • boire de l’eau régulièrement, sans croire qu’elle accélère l’élimination de l’alcool ;
  • manger avant et pendant la soirée ;
  • ne pas mélanger avec d’autres stimulants ou médicaments ;
  • ne pas conduire et ne pas monter dans un véhicule conduit par une personne qui a bu ;
  • prévenir un proche en cas de malaise ou de consommation devenue incontrôlable.

Il est aussi utile de compter les verres standards plutôt que les contenants. Les repères français de consommation à moindre risque sont de ne pas dépasser 10 verres standards par semaine, pas plus de 2 par jour, et de prévoir des jours sans alcool. Ces repères ne constituent pas un seuil de sécurité absolue : aucun niveau de consommation n’est totalement dépourvu de risque.

Quand la consommation devient-elle un problème ?

Le mélange répété peut s’inscrire dans un usage à risque, notamment si la personne boit pour tenir, faire la fête, se désinhiber ou éviter de ressentir la fatigue. Plusieurs signaux méritent une attention particulière :

  • besoin d’augmenter les quantités pour obtenir le même effet ;
  • difficulté à s’arrêter une fois la consommation commencée ;
  • black-outs ou trous de mémoire ;
  • accidents, disputes ou rapports sexuels non souhaités après consommation ;
  • consommation solitaire ou dissimulation des quantités ;
  • tentatives infructueuses pour réduire ou arrêter.

Un médecin généraliste, un centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) ou le service d’aide à distance Alcool Info Service peuvent aider sans jugement. En France, Alcool Info Service est joignable au 0 980 980 930, sept jours sur sept, et propose également des informations en ligne.

La question à retenir est simple : la boisson énergisante ne rend pas l’alcool moins toxique. Elle peut seulement rendre l’ivresse moins visible pour la personne qui boit et pour son entourage. C’est ce décalage entre les sensations et les capacités réelles qui transforme un cocktail présenté comme festif en situation potentiellement dangereuse.